Samedi Noir (genre: thriller)

 

C’était la fin de la journée, enfin. Des heures et des heures passées à genoux, le nez dans les planches du nouveau parquet qu’il était en train d’installer. Ras-le-bol.

Il se releva, admira son travail, qu’il jugea satisfaisant. Le goût des choses bien faites. Déjà vingt heures, il était temps de manger. N’ayant pas eu le temps de préparer un repas, il commanda une pizza. De toute façon, le samedi, c’est le jour des pizzas non ? Le temps que le livreur arrive, il pouvait ranger ses affaires et prendre sa douche.

Le léger courant d’air qu’il avait peiné à créer en ouvrant les fenêtres ne lui suffisait pas, et la chaleur de la journée stagnait dans l’appartement. Son repas gastronomique terminé, il décida d’aller se promener.

 

***

 

Le fond de l’air dans la vieille ville était frais, les hautes constructions empêchant le soleil de le réchauffer. Décidément, il aimait Plovdiv. Il y avait toujours vécu, et s’y sentait bien. Il remonta jusqu’aux vestiges antiques, espace vert qui dominait la ville. Hormis la magnifique vue, c’était aussi pour lui un moyen de se sentir moins seul. Beaucoup de gens s’y retrouvaient dès que la météo le leur permettait. En y pensant, c’était quelque peu surréaliste : les couples venaient se bécoter, les photographes faisaient leurs armes sur le panorama offert, des jeunes jouaient au foot… Tout ça sur les ruines d’une ville ancienne, vieilles de deux ou trois millénaires.

Jamais il n’avait pensé la revoir, et pourtant, c’était bien sa silhouette qu’il reconnut au milieu des autres. Il est des gens qui marquent une vie, et elle en particulier, lui ayant arraché le cœur il y a quelques années, était inoubliable.

Elle était seule, aussi il n’hésita pas longtemps avant d’aller l’accoster.

« Bonjour Polina…

Elle fut surprise. Un homme l’abordait et il connaissait son prénom.

-          Oh, tu ne me reconnais pas ?

-          Non, qui êtes-vous ? demanda-t-elle rapidement en fronçant les sourcils.

-          C’est moi, Vadim !

Elle le regarda, et il vit dans ses yeux qu’elle ne le reconnaissait pas.

-          Nous étions ensemble au lycée. J’étais très amoureux de toi, ajouta-t-il avec un petit sourire gêné.

-          Désolée, répondit-elle hautaine, mais vous m’êtes parfaitement inconnu !

-          Nous avions Monsieur Valchanov ensemble, en cours d’informatique ! Et c’est d’ailleurs pendant un de ces cours que tu m’as envoyé balader … !

-          Ce n’est pas moi, mais je comprends pourquoi elle l’a fait ! Laissez-moi tranquille maintenant !

 

Il n’insista pas, ne voulant pas créer d’esclandre. Il s’éloigna, et fit mine de repartir, tandis qu’elle fermait les yeux vers le soleil couchant pour en absorber les derniers rayons de chaleur.

Il se cacha derrière le réservoir d’eau médiéval, observant la jeune fille. Il était sûr que c’était elle, et elle se fichait doublement de lui : elle refusait de lui parler, et même de le reconnaître !

Très bien, elle voulait jouer, eh bien, « Nous allons jouer, ma belle, et je suis très mauvais perdant, je te préviens » murmura-t-il.

 

***

 

Vadim suivit la jolie Polina quand elle quitta les lieux. Par chance, la filature ne dura pas longtemps, elle habitait également les ruelles de la vieille ville. Une fille charmante, dans un endroit charmant. Seulement là, elle n’avait pas été charmante. Et ça, il l’avait moyennement apprécié.

Les belles sont parfois naïves, surtout celles qui pensent être le centre de l’univers. C’était le cas de Polina, qui n’avait pas verrouillé la porte derrière elle.

Sans réfléchir, Vadim entra chez elle. Elle aurait très pu avoir un mari, une colocataire ou un berger allemand; heureusement, ce ne fut pas le cas.

A nouveau, elle fut très surprise de voir Vadim, mais cette fois, ce fut elle qui lut quelque chose dans ses yeux.

Alors elle joua la comédie de la fille qui n’a pas peur, mais à vrai dire, elle n’en menait pas large.

« Encore toi ! Qu’est-ce que tu fiches là ! Je t’ai dit de me lâcher ! cria-t-elle d’une voix peu assurée.

-          Eh oui, encore moi.

Il s’approcha d’elle doucement, pas à pas.

-          Allons, c’est moi, Vadim ! tenta-t-il à nouveau.

-          Tu me l’as déjà dit, non seulement ça ne me revient pas mais ça ne m’intéresse pas, dégage ! siffla-t-elle.

Il lui laissa une dernière chance.

-          Tu es sûre de ne pas me reconnaître ?

-          Un loser pareil, je m’en serai souvenu je crois, cracha-t-elle.

Il lui décocha un coup de poing qui la mit à terre.

-          Salaud !

-          Tu répliques encore ? Tu n’es décidément qu’une petite effrontée malhonnête… Je vais t’apprendre la politesse !

Vadim était d’apparence très calme, alors qu’il bouillonnait à l’intérieur.

Il l’attrapa par les cheveux, et la sonna de nouveau. Elle s’essuya la bouche ; sa lèvre fendue dégoulinait de sang, et elle se rendit compte de la dangerosité de la situation.

Vadim se délectait de ce qui était en train de se passer. Enfin, il avait le dessus. Enfin, elle était à sa merci. Terminé, le ringard du lycée ! Exit, le célibataire timide !

Enfin, il faisait quelque chose d’intéressant un samedi soir.

 

***

 

Vadim prit son temps, et il fit longuement souffrir Polina. Chaque rejet était vengé par une souffrance, chaque moquerie par une torture. Plaintes, prières et supplications n’y firent rien. Elle l’avait reconnu, ça y est, ça lui revient, disait-elle. Foutaises, répondait-il.

Il l’acheva en l’étranglant, enivré de sentir la vie s’échapper d’elle. Cela lui plut tellement, qu’il s’arrêta, reprit, s’arrêta de nouveau, afin de prolonger ce moment. Euphorie pour lui, calvaire pour elle. Ça y est, elle était morte. Cette petite garce avait enfin eu son compte.

« Alors, comme ça, tu ne m’oublieras plus » dit-il au cadavre dont les yeux exorbités fixaient le plafond.

 

***

Vadim humait l’air qui était toujours aussi doux. Marcher sur ces pavés était décidément son sport favori. Il finit par rentrer chez lui. Il était définitivement très fier de son parquet, se dit-il en s’émerveillant sur ses travaux.

Il alla se coucher, avec, en ce samedi soir, le sentiment à nouveau du travail bien fait.

Invraisemblablement, il dormit du sommeil du juste.

 

***

Menant de front le travail et les rénovations dans son appartement, Vadim avait « oublié » Polina. Il vaquait à ses occupations. De temps en temps, cela lui revenait vaguement à l’esprit ; il revoyait ses yeux suppliants, il sentait à nouveau le goût de son sang quand il avait léché ses doigts. Il souriait et poursuivait son ouvrage.

 

Jusqu’au jour où, quelques semaines après l’épisode sanglant, il reçut ce message sur sa messagerie privée Facebook :

 

 

 

« Salut Vadim! On était en cours ensemble avec monsieur Valchanov, ça fait un bail, je sais, mais je n’ai jamais oublié ce fameux cours d’informatique, tu te rappelles ? J’espère que tu vas bien, donne-moi des nouvelles, on pourrait peut-être rattraper le temps ;)

A bientôt, Polina ».

 

 

FIN

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