Le Treizième Coup (genre: comédie, fantastique)

Si seulement …

Si seulement !!

Vous avez dû entendre cette interjection plusieurs milliers de fois. Mais l’avez-vous déjà entendue pour une cause inimaginable ?

Enfin, la vraie question est : pensez-vous que le Diable existe ?

Moi, j’y ai été obligé. Si seulement…

Si seulement je n’avais pas ce goût si prononcé pour le Champagne, la fête, les amis et les défis !

Si seulement je prenais mes responsabilités plus au sérieux !

Si seulement j’étais allé dîner chez mes parents !

Si seulement la Saint-Sylvestre n’existait pas !

Vous ne devez absolument rien comprendre, alors je m’efforcerai de raconter cette histoire de la façon la plus compréhensible possible.

 

***

Tout a commencé ce soir de 31 décembre, que je maudis de l’âme qu’il me reste. J’étais invité chez un couple d’amis, que je n’avais pas vu depuis des siècles, et qui habitait la ville voisine.

Ah ! Oui, je ne vous ai pas dit : j’habite un village dans les Ardennes, dont je suis le maire. Un maire tout jeune, je n’ai que vingt-neuf ans. Un village tranquille, avec sa gendarmerie, son école primaire, son boulanger, sa mairie … Et son église.

Une église comme beaucoup d’autres, avec une cloche de bronze usée dans un clocher de bois.

Notre prêtre est pourtant un peu étrange. Il enferme ses fidèles pendant la messe.

 

Donc j’allais chez ces amis, et la soirée était vraiment merveilleuse. Un repas exquis, une musique de bon goût, des hôtes charmants et les autres invités, que je ne connaissais pas, me ressemblaient : nous partagions des idées communes, nous aimions les mêmes choses.

Le Champagne.

Le Champagne, divin, avec ses fines bulles picotant d’abord ma langue, et ensuite tapissant ma gorge de sa volupté… Il coulait à flots et j’étais le dernier à m’en priver.

Vers onze heures cinquante, ma pensée était déjà pas mal altérée. Nous commençâmes à parler du Diable.

Dans mon ébriété, je me rappelle que je riais de lui.

Un des invités me dit : « Puisque tu te moques tant de lui, oserais-tu le défier ?

Défier le Diable ? Avec mon esprit ivre, c’était tout à fait dans mes cordes, et je m’entendis lui répondre :

-          Si Satan existe vraiment, je le défie de me le prouver !

-          Donne-lui une idée pour te le prouver, tu as sûrement des préférences, il y a tant de façons !

-          Il n’a qu’à se montrer, répliquai-je avec assurance.

-          Tsss, siffla l’autre. Crois-tu en Dieu ?

-          Je ne vois pas le rapport mais oui.

-          L’as-tu déjà vu ?

-          Non, mais il s’est déjà manifesté à moi.

-          De quelle façon ? s’intéressa ma voisine.

-          Je ne peux le dire, lui répondis-je avec un sourire devant sa mine déconfite.

-          Eh bien, repris l’autre, demande à Satan d’exécuter l’inverse !

-          Je ne préfère pas… Mais je lui demande de faire sonner treize coups à minuit, de telle façon que Dieu lui-même l’entende ! »

 

Il était onze heures cinquante-huit.

Il était onze heures cinquante-neuf.

Minuit.

Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze.

Tout le monde retenait son souffle, même si mon hôtesse se retenait surtout de glousser.

Un ricanement affreux et très sonore emplit soudain la pièce.

« Dommage pour toi ! » dit une voix aigüe, interrompant son rire qui repartit ensuite de plus belle.

 

Treize.

 

Le coup de cloche le plus fort que personne n’ait jamais entendu.

Le tonnerre se mit à gronder au loin. Mais au deuxième roulement, il était juste au-dessus de nos têtes. L’air était pesant, l’atmosphère si lourde que je reste encore persuadé aujourd’hui que l’on aurait pu la toucher.

 

 

***

De cette soirée, c’est tout ce dont je me souviens.

Je me rappelle m’être réveillé dans mon lit, transpirant, tremblant et brûlant.

J’étais chez moi, dans ma chambre, dans ma maison, dans mon village. Réveillé par un son que j’avais espéré imaginaire, et que je n’aurais plus jamais voulu entendre. Un ricanement aigu, mêlé à la sonnerie d’une grosse cloche.

Je me rappelle avoir hurlé.

 

L’année débutait mal, et je pensais avoir fait un cauchemar. Non, tout cela était bien réel. J’étais encore dans mon lit, quand je sentis un courant d’air. Pourtant, je laissais rarement ma fenêtre ouverte, a fortiori au mois de janvier. Je tournais la tête et vit… Non, si je vous le disais, vous feriez des cauchemars jusqu’à en mourir (moi-même, je …) De toute façon, je n’aurais pas trouvé les mots. Je peux simplement dire que c’était plutôt petit, entièrement rouge vif, mis à part les crins sur ce qui semblait être la tête, qui étaient noirs comme de l’ébène, ainsi que les yeux. C’était tranquillement assis sur mon bureau.

« Alors, as-tu bien dormi ? demanda la chose, d’une voix que j’identifiais être celle de la veille. Eh bien, pourquoi ne réponds-tu pas ? Zut et flûte ! C’est toujours pareil, on vous appelle, et quand vous êtes là, c’est un abonné absent.

J’étais mort de peur.

-          Eh bien, dis quelque chose, je ne vais pas faire la conversation pour deux !

Je laissais échapper un autre hurlement.

-          Ce n’est pas mal, dit l’Horreur en déformant sa bouche (ce que je pensais être sa bouche) dans un affreux rictus. Mais je m’attendais à autre chose. Au moins, je sais que tu n’as pas perdu ta langue, et tu m’en vois ravi.

Il alluma une cigarette.

-           Je te dirai comme aux autres, je ne suis pas ici pour te faire du mal, bien que déjà voir ta peur soit un moment pour moi tout à fait délectable, dit-il en tirant langoureusement sur la Morley. Sauf si tu m’exaspérais, là je ne réponds plus de rien ! Allons, ne fais pas l’enfant. Même si tu es parmi les plus jeunes, ne fais pas celui qui ne comprend pas.

-          Je ne fais pas celui qui ne comprend pas, je ne comprends vraiment rien ! Vous êtes sorti de mon rêve c’est ça ? Vous êtes ici pour me hanter jusqu’à ce que j’en fasse une crise cardiaque ? lui demandai-je.

Autre ricanement, tout aussi discret.

-          Tu m’as bien regardé, ai-je l’air d’un fantôme ?! Bon, je vois que tu sais parler, c’est bien. Hier, tu es allé chez tes amis, tu as bu du Champagne, tu as demandé un treizième coup, tu l’as eu, bla bla blaaaa… Ce n’était pas un rêve. Généralement, j’envoie un de mes subordonnés, mais j’ai eu envie d’une petite balade, et l’on n’est jamais si bien servi que par soi-même, tu ne trouves pas ?

J’approuvai d’un hochement de tête, je n’allais certainement pas le contrarier.

-          Tu n’es pas très bavard, dit-il d’un froncement de sourcils. Je me demande si tu as compris… Je suis Belzébuth. Le Malin. Le Diable. Satan. Je ne sais pas comment tu veux m’appeler… ? Mes serviteurs m’appellent Maître mais bon, on est entre nous (son clin d’œil était-il censé me rassurer ?) Alors choisis !

-          Sa-Satan.

-          Très bon choix, Sassatan, original, commenta-t-il, moqueur.

-          Que me voulez-vous ?

-          On peut se tutoyer non ?

-          Si tu veux.

-          Ce que je veux, très bon enchaînement ! J’avais trois objectifs, il m’en reste deux.

-          Quel était le premier ? Me faire mourir de peur ?

-          Mais non, mais non, dit-il, amusé. Simplement te prouver que j’existe.

-          Et les deux autres ?

-          Tu es bien curieux … Le deuxième, je vais te demander un petit travail. Quand je regarde ta collection de films, tu as l’air d’aimer la peur, je me trompe ?

-          …

-          Bon, de toute façon, tu n’as pas vraiment le choix.

-          Génial, murmurai-je.

-          C’est bien que tu trouves ça intéressant. Tu devras faire peur aux paroissiens de ton village.

J’étais interloqué. Cela semblait si enfantin, c’était absurde.

-          Oui, reprit-il, écrasant sa cigarette à-même le bureau. Tu vas bouger l’autel, faire éclater des ampoules, faire des bandes sonores, que sais-je, débrouilles-toi pour les faire « mourir de peur » comme tu dis si bien.

-          Mais tu ne peux pas le faire toi-même ?!

-          Il m’est totalement impossible de mettre les pieds dans un tel endroit, où les gens croient en Lui !

-          Mais moi, je crois en Dieu !

Sa belle couleur rouge sang vira quelques instants au rose avant de reprendre sa pigmentation originale.

-          Ne dis JAMAIS Son Nom, ordonna-t-il d’une voix glacée.

-          Oui, bon, mais moi, je crois en Lui, répétai-je sans me démonter.

-          Depuis que tu as prononcé Mon Nom, c’est comme si tu n’y avais jamais cru. Bon, je te laisse te reposer encore un peu et ensuite, au travail ! Une dernière précision : tu ne peux pas y couper. Tu ne peux pas m’échapper. »

 

Vous comprenez mes « Si seulement » maintenant ?

 

***

Avais-je trop tapé dans la bouteille ? Tout ceci n’était-il qu’un lendemain de cuite un peu trop difficile ?

Le mégot écrasé me renvoya à la réalité.

Ma mission  était assez simple. Mais pourquoi ? Quel intérêt y avait-il à effrayer les gens ? Surtout que les paroissiens d’aujourd’hui sont pour la plupart des personnes âgées, inoffensives…

Bon, j’étais obligé, mais pas spécialement pressé. Enfin, si je n’agissais pas, je supposais que je rôtirais en Enfer alors… Mon cerveau se mit à vagabonder en pensant aux farces, car tout ceci n’était rien que des farces finalement, que j’allais pouvoir concocter.

 

***

Je me suis donc dirigé vers ma petite église. J’avais l’intention de changer l’autel de place. Rien de transcendant me direz-vous, mais il faut un début à tout.

Il n’y avait encore personne, ce n’était pas l’heure de la messe.

J’entrai et, après hésitation, fis le signe de croix. C’était un peu stupide, car j’agissais contre Lui, comme aurait dit mon visiteur matinal.

« Mon Père ! » appelai-je.

Ma voix résonna. Mon père, père, ère, ère… Etrange, dans une si petite église !

Personne ne répondit, je ne devrai donc pas être dérangé. Je jetai un coup d’œil à ma montre. Encore trois quarts d’heure avant la célébration. Avec la pénurie de prêtres, le nôtre comme beaucoup d’autres se partageait plusieurs clochers. Il arrivait souvent tout juste à l’heure donc, et il n’aurait jamais le temps de le remettre. Comme je vous le disais, je n’avais pas particulièrement hâte mais je n’avais pas forcément envie de m’attarder non plus.

Je m’approchai de l’autel et mis mes mains sur le rebord de bois que les bougies laissées allumées n’avaient pas réussi à réchauffer. Je pris une grande inspiration, et me mis à pousser. L’autel ne bougea pas d’un millimètre. Je poussais encore et encore… Et commençai (un peu rapidement peut-être) à me décourager. Je lâchai le rebord, me retournai, m’accroupis, et m’écroulai contre le meuble.

Je ne pus retenir quelques larmes.

Au bout de quelques minutes, je me ressaisis. « Allons, reprends-toi, qu’est-ce que tu nous fais là ?! » me dis-je à moi-même.

Je me relevais, fis le tour de l’autel, quelque chose gênait le passage. Je le déplaçai, et put enfin bouger ce maudit autel. Je pris un cierge et me dirigeai vers la porte d’entrée principale. Je le déposai, l’allumai. Je sortis à pattes de velours et refermai derrière moi.

Je rentrai chez moi. Je ne voulais ni voir ni savoir. De toute façon, ça serait sans doute dans les faits divers de la presse locale.

Je retournai me coucher, avalant deux somnifères. M’empêchant d’avaler toute la boîte.

 

***

J’avais raison. Page douze, du Curieux Petit Ardennais.

« Hier, le 1er janvier de cette nouvelle année, les fidèles se sont rendus dans la petite église de la ville de B… En entrant ils ont vu que le chemin était barré par un cierge, puis que l’autel n’était plus à sa place. Dieu nous montrerait-il sa présence ? Les croyants étaient plutôt partagés. Certains se sont agenouillés et mis à prier, d’autres étaient horrifiés, quelques-uns, amusés, mais un seul s’est enfui en hurlant ! »

 

***

Voilà comment s’est passée ma misérable vie pendant quelques semaines. Bouger l’autel, aller à un conseil d’administration, allumer des bougies, signer des documents, remplacer la Bible par un livre de Stephen King, assister à des réunions… J’ai même réussi à faire claquer une ampoule pendant la messe, du grand spectacle ! D’après les médias (oui, tout cela devenait un fait national), même notre mystérieux prêtre avait failli en faire une attaque.

Mais ce n’était pas le pire. Le pire, je l’avais en moi. Le pire était que je commençais à m’amuser, beaucoup m’amuser. Je me prenais au jeu. Même si je savais que ce « jeu » pouvait me coûter ma place, et pourtant Dieu sait que j’aime mon travail.

 

Vous imaginez bien que dans les couloirs de la maison de maître qu’était notre mairie, c’était du pain-béni pour les cancans !

« Il parait que… Et tu as su pour … Moi j’ai entendu dire que … Mon cousin (fonctionnait aussi avec ma tante/mon voisin/mon chat) a vu … »

J’étais partagé entre le rire et les larmes. Se faire pincer serait un soulagement dans un sens, cela cesserait toute la mascarade, mais quelles en seraient les conséquences ?

Un matin, ma secrétaire m’informa que l’abbé voulait me rencontrer, pour discuter de la situation. Hum… Que faire ? L’affronter ou invoquer je ne sais quelle laïcité entre la mairie et l’église ? Pas d’échappatoire me semblait-il, cela devenait trop important pour esquiver sans attirer d’éventuels soupçons. Mais, en parlant de soupçons, et si c’était de moi dont voulait me parler l’homme d’Eglise ?!

 

***

 

« Monsieur le Maire, bonjour.

Il m’attendait sur le pas de la porte du presbytère, et était froid comme un banc de marbre à l’ombre. Je le saluai à mon tour, tendant une main que j’aurais voulu moins moite.

-          Bonjour Monsieur l’Abbé !

-          Il faut qu’on parle je crois, dit-il en me faisant entrer.

Mon sang ne fit qu’un tour.

-          Oui, je suis bien là pour ça, dis-je en tentant un sourire crispé.

-          Alors, allez-y, je vous écoute !

-          Eh bien, je …

-          Ha, pour se faire élire, là on sait parler ! Paroles, paroles, paroles ! S’exclama-t-il en mimant une danse grotesque.

A nouveau, j’étais partagé entre rire ou pleurer.

-          Finirez-vous par avouer ?! demanda-t-il avec un air menaçant, changeant de visage soudainement.

Alors là, j’étais scié. Voilà. C’était arrivé. J’étais fini.

 

***

 

-          Eh bien, alors, dites-moi !

Je déglutis difficilement.

-          Me direz-vous vous, à la fin, POURQUOI VOUS NE FAITES RIEN PENDANT QUE L’ON SACCAGE LE PEU DE FOI QU’IL RESTE DANS CE BAS MONDE ?

D’abord l’incompréhension. Puis le soulagement, suivi, enfin, d’une immense (mais discrète) respiration. Ce n’était donc que ça finalement ? Pourquoi je ne prenais pas les choses en main ? Bon c’était une bonne chose que cette question fut celle-là et pas une autre, certes, mais là, tout de suite, il me fallait une réponse. Je lui demandai s’il avait bien déposé une plainte à la gendarmerie, que c’était leur rôle, qu’il avait tout le soutien de la municipalité…

Cette conversation finie, je rentrai à la mairie.

 

***

Cet entretien n’avait été que le prologue de ce qui se passait ensuite. Un employé des espaces verts vint me voir à mon retour, entra sans autre forme de politesse. Il referma la porte derrière lui, alors que ce n’était pas dans les habitudes de la maison. Il s’assit, l’air détendu. S’affala carrément sur une chaise, le bras replié sur le dossier. Souriait, dévoilant des dents d’un jaune douteux. Il n’était pas fort élégant, mais il faisait son job à peu près correctement.

« Alors Chef, l’entrevue avec le curé ?

-          Oh, il rouspète car on ne fait rien.

-          Ah. Disons surtout que certaines personnes ne font rien.

-          Oui, les gendarmes n’ont pas l’air fort pressé de …

-          Non, non, non… Susurra-t-il. Je ne parle pas de ces pauvres gendarmes qui, entre nous, ont d’autres chats à fouetter !

-          Ah c’est sûr, il y a plus palpitant. Mais cela dit, c’est quand même de la commune dont on parle, et dont on se moque… !

Je devenais méfiant d’un coup. Pourquoi venait-il me parler de ça ? Pourquoi cette assurance dans son comportement ?

-          C’est sûr, c’est une sale image pour notre bled. C’est dommage d’ailleurs, qu’une personne qui est censée représenter la commune s’amuse à faire ça.

Glurps. Deuxième suée de la journée.

-          C’est… C’est-à-dire ?

J’avalais difficilement ma salive.

-          Arrête, Chef, je sais bien que c’est toi. Je t’ai vu. Aller à l’église, y rester quelques minutes, et ressortir en regardant à droite à gauche que personne ne t’voyait. T’as juste oublié que ma maison possède 2 étages… et un grenier. Qui est mon repaire, mon sanctuaire quand ma femme me pompe l’air. Et de la p’tite fenêtre, on voit très bien l’église.

-          Mais non, je …

-          Stop. Arrête. Me prends pas pour un âne !

De jovial, il était passé à glacial.

-          Ok, ok, dis-je en essayant de reprendre mes esprits. Alors maintenant, on fait quoi ?

-          Eh bien…

Il prenait un malin plaisir à jouer avec mes nerfs. Malheureusement, il était en position de force, et j’attendais la suite, ne voulant pas remettre de l’huile sur le feu.

-          Tu sais ce qui serait vraiment chouette, Chef ?

-          J’ai hâte de savoir.

Décidément tout le monde me posait des questions auxquelles je n’avais aucune envie de répondre.

-          Mon frère, il est entrepreneur. Il est dans le bâtiment. T’as vu c’est d’famille !

Qu’est-ce qu’ils avaient tous à mes faire des clins d’œil pseudo-complices ?

-          Mais tu vois, l’est pas forcément toujours très réglo l’frangin. Alors, le chantier de rénovations de la ferme là, qu’on transforme en logements sociaux, bin, le marché, ça va être dur de l’avoir, tu comprends ?

-          Tu veux quoi ? L’attribution du marché public à ton frère ?

-          Bin, ca serait vraiment chouette, Chef. J’suis pas le plus malin de la mairie, mais j’sais que c’est dans vos cordes ça hein !

-          Sinon ?

-          Bin sinon, je balance tout, et à tout le monde : aux poulets, à la télé, au curé… J’suis pas sûr de savoir de qui vous d’vez avoir le plus peur !

Du chantage. Je ne l’avais pas vu venir celle-là. Une simple blague de beuverie, quelques farces, et voilà que je devenais un fonctionnaire corrompu.

 

***

 

Avais-je réellement le choix ? Si j’acceptais, que dirait Satan ? Allait-il intervenir ? Si je refusais, que deviendrais-je ?

Je me décidais à accepter, car si j’étais découvert au grand jour, non seulement ma carrière était finie, mais dans tous les cas, je ne pourrais plus agir pour la chose écarlate. Autant essayer de sauver les meubles. J’aviserai quand il se montrerait à nouveau. J’usai de ruses et de mauvaise foi pour faire adhérer également mes adjoints à ce choix saugrenu d’ouvrier véreux. Dans mon malheur, j’avais de la chance que ce soit tombé sur un employé qui travaillait souvent en extérieur, et finalement ne savait pas tout de « l’étendue de mes pouvoirs » : il aurait pu me demander bien plus.

 

Je ne suis plus jamais retourné à l’église. Plus de tours de passe-passe, pas que plus de messes. Pas même pour me confesser. Pourtant, j’en avais, des remords.

Satan, je ne l’ai jamais revu. Je pense bien que c’était un imposteur, qui, devant ma défaite, a utilisé l’adage « Courage, fuyons ! », mais je pense quand même qu’il était à son service… Au service du vrai…

En achevant ces lignes, je me dis que celui-là, le vrai, se manifestera tôt ou tard, afin d’accomplir son troisième objectif. Je préférerai tôt, car l’attente est angoissante, insoutenable.

J’attends.

Si seulement…

 

 

FIN

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